« Par les routes » Sylvain Prudhomme

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« Par les routes » Sylvain Prudhomme

Malgré une critique désastreuse de ce prix Fémina lue sur Babélio, j’ai attaqué ce livre d’un abord étrange au thème totalement démodé, l’auto-stop.

Pendant les toutes premières pages, j’avais à l’esprit les mots du critique, ennui et platitude l’ayant conduit à laisser le livre s‘échapper de ses mains très rapidement. Même si j’ai eu le sentiment dès les premières pages, dans une morne chambre d’un village déserté par les touristes en basse saison, je me suis accrochée et je n’ai pas regretté. Sans doute cette période de confinement est un environnement propice à cette lecture à pas lent.

C’est l’histoire de celui qui part et de celui qui reste. De l’auto-stoppeur et de ceux qu’il laisse. Mais aussi des sentiments qui vont et viennent. Des rencontres qui pourraient déboucher sur une histoire, mais souvent, il n’en est rien. La rencontre reste juste un petit bout d’histoire sauf si on re-tire sur le fil, recréant l’occasion de la continuer un moment.

Les liens aussi vont et viennent. On est bien ensemble puis les relations s’étirent et on se demande si la rupture est proche ou si ça va continuer comme ça.

La rencontre se fait entre deux êtres puis même s’ils se croient encore ensemble, ils n’y sont peut-être plus. Par petites touches, l’auteur nous décrit dans un temps qui s’étire, la lente installation de nouveaux sentiments  pendant que d’autres se désinstallent, sans rupture, sans vraie souffrance.

Si le bonheur de celui qui part est l’errance, ceux qui restent naturellement se rapprochent et comblent le vide en douceur. C’est normal. Son désir d’éloignement peut même être accompagné par ceux qui restent, devenus complices de l’aventure. Aventure dérisoire ?

Sacha le narrateur a décidé de s’installer dans un village du Sud-Est de la France. Il pense ainsi se donner l’environnement  propice à la création. Il réalise qu’une ancienne connaissance qu’il appelle l’auto-stoppeur vit aussi là avec sa femme et son fils.  Il fut son colocataire et ensemble ils ont voyagé en stop il y a quelques années.

 

Inlassablement, l’auto-stoppeur part et laisse Marie et Agustino. Sacha, petit à petit prend sa place dans ce trio familial, presque suppléant de l’auto-stoppeur. Confident de Marie, parfois nounou d’Agustino, Il reste malgré tout à l’écoute de l’auto-stoppeur. Même quand  l’auto-stoppeur est loin d’eux, même quand Sacha se rapproche de Marie et habite sous son toit.  Ils semblent être toujours sous l’emprise de l’absent. Ses appels téléphoniques, ses cartes postales les relient régulièrement à ses étapes dans tous les coins de lHexagone..

L’auto-stoppeur ne sait pas pourquoi il court ainsi à travers la France. Il a montré à Sacha sa collection de Polaroids. Il a des photos de tous ses conducteurs avec leurs coordonnées, le lieu où il est monté et où ils l’ont déposé. Il a tout reporté sur une carte Michelin et rêve un joour de regrouper tout ce monde.

Il s’est d’abord intéressé aux autoroutes dont il connaît presque par cœur toutes les aires. L’auteur décrit les paysages vus de l’autoroute qui désormais sont seulement ceux que tous les vacanciers connaissent puisque l’essentiel est d’arriver le plus vite possible à l’étape finale. Ensuite, il se met à rentrer dans le cœur de la province. Il choisit les départementale et même d’aller voir les villages en fonction de leur nom. Tous les villages dont les noms commencent par Z (il y en a plus qu’on ne croit) puis les villages au nom original ou comique. Il envoie des photos de la vie ordinaire, du panneau à l’entrée du village, de l’église ou de la devanture d’un café.

Il envoie la photo du routier à son volant quand il repart en le laissant, ou du conducteur de camion-poubelle, du voyageur de commerce ou du vieux couple en vacances. Certains acceptent même de faire un détour pour satisfaire le caprice de ‘auto-stoppeur. Comme de se rendre sur un site de bataille de la Première guerre mondiale dans les Ardennes, de nuit.,

Une fois, Sacha accepte un périple avec ce compagnon indiscernable. Ils se retrouvent dans un village du Sud-ouest, Orion, au pied d’un château d’eau particulier. Ils renouent ainsi avec d’anciennes habitudes et retrouvent le goût des rencontres inattendues, d’un café et d’une daube réchauffée et partagés sans façon avec Souad.

On ressort de ce livre comme d’une traversée en douceur du temps qui s’écoule et d’une distance sans importance, tout cela sans impatience, écoutant des noms de villes ou de villages sonores et chatoyants connus ou à découvrir. On se retrouve piqué par la curiosité, saisi par l’envie à notre tour d’y aller. Et on a peut-être le sentiment d’avoir approché un peu le rêve –avouons-le- éphémère de l’auto-stoppeur.

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