« La Petite Boulangerie du bout du monde » de Jenny Colgan

J’étais prévenue : livre léger, drôle et touchant mais sans prise de tête, un livre pour la plage… En résumé un livre « feel good », c’est-à-dire bon pour le moral. D’ailleurs il existe des listes de ces livres, chaque éditeur ou presque a la sienne.

Alors ? Alors j’ai aimé parce qu’un livre léger peut ne pas être superficiel.

Polly et son mari, graphistes vivent dans un quartier huppé de Plymouth, fréquentent un petit monde branché jusqu’à ce que la crise économique fasse exploser ce cocon idéal. Alors que son mari retourne chez maman, Polly qui recherche un logement en phase avec ses revenus proches du néant se retrouve dans une petit île de Cornouailles. Alors que cette chute économique vertigineuse l’amène dans une région au climat hostile, dans un logement insalubre, à fréquenter une propriétaire aigrie et mal intentionnée, Polly s’acharne à trouver son équilibre et des satisfactions. Elle se met à fabriquer du pain, sauve un bébé macareux, fait la connaissance de marins-pêcheurs qui aiment son pain, et aussi d’un apiculteur exentrique et de son ami non moins loufoque.

Dans un style clair et plaisant, l’auteur attaque quand même quelques thèmes de société. L’idée de réussite sociale associée à l’argent et à la modernité face aux métiers traditionnels de la pêche, de la boulangerie et de l’apiculture. Elle mène cette réflexion en bravant les embruns, la marée et en pétrissant son pain. Et nous glissons avec facilité dans cette histoire à l’atmosphère iodée mêlée d’odeur de pain s’échappant de la petite boulangerie.

Et, énorme surprise : les dernières pages du livre sont consacrées à des recettes de pains, ceux que Polly prépare et que l’on voit dévorés avec gourmandise par ses amis tout au long des pages. En voici une… et je crois que je vais bientôt l’essayer !

« Pain blanc vite fait

Voici par où il faut absolument commencer quand on veut préparer du pain. Rien de plus simple, c’est l’idéal pour un dimanche où on se la coule douce. Ca vous permettra de coincer la bulle tout en ayant l’impression d’avoir réalisé quelque chose. Si vous vous êtes déjà dit : « Bah, ce n’est pas pour moi toute cette histoire de pain », j’espère vraiment que vous allez quand même tenter l’expérience. C’est le pain le plus facile à fabriquer. Vous ne pouvez pas vous planter, et dès que vous le goûterez, vous comprendrez pourquoi on aime jouer à la boulangère.

700g de farine
1 sachet de levure
 400 millilitres d'eau chaude
 une bonne cuillerée à soupe de sel
 une bonne cuillerée à soupe de sucre

Tamiser la farine avant de la réchauffer légèrement au micro-ondes (je la glisse  une minute à 600 watts). Ajouter la levure, le sel et le sucre, puis l’eau. Mélanger.

Pétrir pendant quelques minutes sur une surface saupoudrée de farine jusqu’à obtenir une boule homogène. Laisser reposer deux heures, le temps de lire les journaux ou d’aller se balader.

Pétrir de nouveau quelques minutes. Laisser reposer une fois de plus, le temps de prendre un bon bain pour se détendre.

Porter le four à 230°C et beurrer un moule à pain.

Faire cuire une demi-heure , ou jusqu’à ce que la miche produise un son creux quand on donne un petit coup en dessous.

Laisser refroidir le pain aussi longtemps que possible, puis le dévorer. »

Vous trouverez aussi dans l’édition Pocket les recettes des « allumettes au fromage », « beignets au maïs », « petits pains à la cannelle », de la « focaccia », des « bagels » et du « shortbread ».

Bonne lecture, et… Bon appétit !

 

« En finir avec Eddy Bellegueule » d’Edouard Louis

Edouard Louis a écrit ce premier roman à 21 ans. Roman ou récit, peu importe car dès les premières lignes on le croit, on sait qu’il s’agit  de sa vie. Son enfance terrible. Son étonnement, sa honte de ne pas se sentir comme les autres. Ses manières de fille comme disent ses parents perplexes, étonnés puis honteux. Son père qui le force à faire du foot. On voit cet enfant, au fil des ans, faire comme si c’était la première fois qu’on lui faisait une remarque sur ses allures de gonzesse. Ensuite on le voit faire comme s’il ne pouvait  se dérober à cet inéluctable rendez-vous avec les deux garçons qui l’insultent et le battent. Faire ses sourires qu’il tend à ses bourreaux et à tous ces autres dans l’espoir de se faire aimer.

« Certaines fois nous nous croisions dans l’escalier bondé d’élèves, ou autre part, au milieu de la cour. Ils ne pouvaient pas me frapper au vu de tous, ils n’étaient pas si stupides, ils auraient pu être renvoyés. Ils se contentaient d’une injure, juste pédé (ou autre chose). Personne n’y prenait garde, mais tout le monde l’entendait. Je pense que tout le monde l’entendait puisque je me souviens des sourires de satisfaction qui apparaissaient sur le visage d’autres dans la cour ou le couloir, comme le plaisir de voir et d’entendre le grand aux cheveux roux et le petit au dos voûté rendre justice, dire ce que tout le monde pensait tout bas et chuchotait sur mon passage, que j’entendais Regarde, c’est Bellegueule, la pédale. »

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« Le selfie gascon » de Perry Taylor

Perry Taylor selfie-gasconPerry Taylor est un artiste. Je ne peux pas vous le présenter comme écrivain, pourtant ses dessins et ses légendes valent les plus longs discours. Cet anglo-gascon croque avec tendresse depuis plusieurs années tous ces gens de Gascogne qu’il cotoîe dans la rue, sur les marchés, sur les terrains de rugby, à la pétanque, dans les courses cyclistes, aux parties de chasse, dans les vignes et les chais. Ses dessins sont pleins de tendresse et les traditions qu’il épingle avec humour,et bien, il me semble qu’il les fait presque siennes.

En plus du thème que j’apprécie, moi-même gasconne d’adoption, j’aime beaucoup la patte du dessinateur Perry Taylor, la douceur des traits et des couleurs. Le bonheur transpire aussi bien des courbes légères de la stature du fermier, de son tracteur ou de la volaille qui l’entoure. Qui donc déjà a parlé du bonheur dans le pré ? Lire la suite

« L’ordre du jour » d’Eric Vuillard

vuillard ordre du j « L’ordre du jour » d’Eric Vuillard

Le prix Goncourt a été créé pour récompenser chaque année « le meilleur ouvrage d’imagination en prose, paru dans l’année » Il est attribué presque exclusivement à un roman. Mais cette année, « L’ordre du jour » d’Eric Vuillard est sous-titré « récit ».

J’ai voulu vérifier la nature du vœu des Frères Goncourt car ce livre me semblait ne pas répondre à sa définition. Je n’avais pas eu ma dose de rêve qui va avec un roman. Mais c’est sûr que ce n’était pas l’objet du récit.

La trame historique de l’ouvrage est essentielle et il ne peut pas effectivement être qualifié de roman. Mais il entre certainement dans la gamme des ouvrages primables car l’imagination y tient sa place même si en lisant « l’ordre du jour » on a l’impression de se pencher sur l’Histoire, notre Histoire.

Eric Vuillard part du principe qu’il y a un moment crucial où les événements basculent. En l’occurrence ce jour du 20 février 1933 où Hitler et son parti invitent les vingt-quatre grands industriels allemands pour solliciter leur aide financière aux fins de soutenir le parti nazi lors des prochaines élections. Quoi de plus banal lorsqu’on ne sait pas encore ce que l’histoire va devenir. C’est peut-être cet angle nouveau qui a été récompensé par le Goncourt. Lire la suite