« Chanson de la maison silencieuse » d’Olivier Adam

Erreur de livre, mais captée par la poésie du 1er paragraphe, je l’ai gardé !
Je voulais un livre d’Olivier Adam, mais pas celui-là… La lumière n’est jamais suffisante pour moi à la librairie et je n’ai pas bien vu le titre.
Mais quand j’ai commencé à lire le premier chapitre, j’ai été saisie par la poésie des toutes premières lignes.
Connaissez-vous Lisbonne ? Je crois qu’Olivier Adam parle de cette ville :
« Tout ici succombe à l’inclinaison. Les tuiles oranges coulent en cascade, ruissellent des ruelles, se suspendent aux abords des belvédères, puis replongent vers le fleuve. La ville entière semble s’y glisser peu à peu, se couler dans ses eaux bleu nuit, y sombrer sans fin. Sous la surface opaque, j’imagine des quartiers anciens. Des palais délabrés engloutis par les flots. Enlisés dans les sables. (…) Je quitte l’hôtel et débouche dans la lumière acide du printemps. Les escaliers s’effondrent en douceur. Je les dévale sans hâte, les yeux brûlés, aspirée par l’océan lointain, à peine entravée par les allées courbes, enserrées par les façades décrépies où s’effrite un nuancier fané d’azulejos.
Un promontoire me retient. De l’asphalte surgissent des arbres mauves, dévorés de ciel. L’estuaire se déploie en contrebas, lacéré de rubans turquoise, virant au gris aluminium à la faveur d’un nuage. Puis de nouveau la ville s’abandonne.
Plus rien ne s’oppose.
Tout consent à la noyade. »
C’est la quête d’une jeune femme à la recherche de son père. Tout donne à penser pourtant qu’il s’est suicidé. La voiture près de la rivière, ses effets personnels dans le coffre, sa guitare sur le siège arrière, et ses santiags sur la rive. Cependant des amis pensent l’avoir croisé à Lisbonne. Ou bien, ce chanteur de rues est son sosie.
La fille du chanteur nous emmène dans les rues de Lisbonne et en chemin, elle égrène ses souvenirs. La vie avec sa mère, si peu de temps. La vie avec son père qu’elle connaît peu même s’ils dormaient sous le même toit. Toit qu’elle abandonnait régulièrement pour trouver refuge chez les gardiens de la propriété lorsque l’équipe de musiciens débarquait chez son père pour un enregistrement. Elle se réveillait dans sa chambre envahie d’artistes éméchés puis laissait sa place.
Elle redécouvre au gré de ses souvenirs l’image de son père obsédé par une femme qui sans cesse le quitte et qu’il poursuit à travers le monde. Un père dépressif qui veut renoncer à la création, aux concerts. Un père épuisé après les tournées, effaré du vide qui succède à l’effervescence de la performance publique. Carbonisé de l’intérieur dit-il.
En fréquentant le domicile d’une camarade, elle lui envie ses repas en famille, l’obligation de rendre comte à ses parents de ses notes, de ses horaires. Alors que son amie est fascinée par les mannequins, les actrices, les musiciens qu’elle rencontre chez la fille du chanteur.

Olivier Adam décrit avec sensibilité les états d’âme d’un chanteur et la souffrance de ceux qui le côtoient. J’ai appris que lui-même rêvait d’être chanteur. Son récit est ponctué de références à des chanteurs contemporains.
Et je me suis demandé s’il ne parlait pas d’un chanteur qui a vraiment existé. En effet plane sur ce récit comme un fantôme d’un chanteur disparu.
Lisez cet récit d’une grande sensibilité, d’une poésie remarquable. Je crois que je vais commencer une période Olivier Adam.

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