« Le lionceau » de Josef Skvorecky – Mois de la littérature de l’Europe de l’Est

le lionceau« Le lionceau » Josef Skvorecky

Je ne sais plus comment ce livre d’un auteur tchèque est arrivé dans ma bibliothèque et pourquoi je ne le lis que maintenant. Je ne peux que vous recommander de ne pas vous attarder sur la présentation qu’en fait l’éditeur et qui dévoile trop l’intrigue. C’est cela qui m’a mise dans une sorte d’état d’impatience et a un peu troublé ma lecture. Mais c’est un livre de j’ai aimé car l’auteur fait une description précise des rapports sociaux sous le régime communiste. Même si en arrière-plan la gravité a ses racines, l’auteur fait la part belle au cynisme et à la dérision.

Il faut dire que la première partie du livre est assez déconcertante. Le narrateur coureur de jupons, intriguant pour parvenir à ses fins est un personnage assez agaçant par son entêtement. Il accepte cependant de combiner une sortie à trois avec son ami Vaclav amoureux d’une superbe jeune femme. Son idée étant que lui-même ne se rendra pas au rendez-vous pour que les deux jeunes gens passent la soirée ensemble. Mais le narrateur à son tour tombe amoureux de Mlle Stribrna.

« Je me reprochai violemment de négliger le sport depuis des années. Mlle Stribrna était comme une gymnaste ; pas une fanatique  du cheval de voltige, mais une gymnaste, de celles qui s’entraînent pour la beauté du corps. Et elle ne s’entraînait pas en vain. Fichtre non ! Je n’étais pas surpris que Vaclav, quand elle s’était présentée à son cours du soir, se soit brusquement laissé tomber de la barre où il exécutait un tourbillon, ait heurté le mur et se soit abattu sur le sol avec l’effigie d’un homme d’Etat accrochée à sa  ceinture.  Je pris un peu de repos et je plongeai de nouveau. »

Le narrateur est rédacteur dans une maison d’édition et nous plonge dans un milieu ou chacun louvoie pour favoriser un auteur ou bien le critiquer suivant l’humeur politique du moment car il est inutile de prendre des risques. La lecture et la correction des manuscrits après de longues palabres est l’occupation essentielle des rédacteurs.

« Je fis la grimace, j’ouvris le manuscrit et je fus frappé par la première phrase : Hanka en était certaine : elle avait un polichinelle dans le tiroir.

Nom d’une pipe ! La phrase était énergiquement soulignée d’un trait de crayon sinueux, mais l’autre écriture, déjà familière et tout aussi énergique avait noté dans l’interligne : Hanka en était certaine : elle avait eu tort de coucher avec François. Il l’avait engrossée.

L’auteur et ses méthodes de révision me captivait. Je feuilletais le manuscrit et j’examinais attentivement les interventions de Brat et les solutions de rechange proposées par la jeune femme. Elle avait de l’imagination. Son vocabulaire obscène était remarquable car pour chaque expression biffée par l’académicien, elle proposait  un synonyme, et parfois même deux ou trois autres variantes entre parenthèses.

L’auteur décrit avec beaucoup de détails les complots et trafics d’influence pour décrocher une publication, acceptée un jour, puis annulée le lendemain. Lui-même a effectivement été victime de cette censure.

Sur fond de contrainte politique, les comportements sociaux même amoureux ne sont pas dépourvus de cynisme. Mais sans qu’on puisse immédiatement l’identifier se met en place comme une intrigue policière qui n’a rien à envier à Sherlock Holmes. Notre narrateur dans un chapitre final relie magistralement les fils de l’histoire dont nous avions tout de même assez précisément cerné les contours.

En ce qui concerne le style, dans la première partie du récit, l’auteur utilise des formulations pas toujours très heureuses, parfois lourdes et même ampoulées. Mais il se peut que le traducteur ait eu du mal à restituer en français des tournures imagées de la langue d’origine. Le style et/ou la traduction est incontestablement plus fluide dans la deuxième moitié du livre.

Un livre que je conseille et j’espère me procurer facilement d’autres titres de ce même auteur.

 

 

3 réflexions sur “« Le lionceau » de Josef Skvorecky – Mois de la littérature de l’Europe de l’Est

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