Commentaire dans le cadre du mois de l’Europe de l’Est « Comment j’ai rencontré les poissons » Ota Pavel

Comment j'ai rencontré les poissons par Pavel

« Comment j’ai rencontré les poissons » Ota Pavel

La rencontre avec un livre est quelque chose d’étrange et émouvant. Un apriori favorable est ici pour moi l’origine tchèque de l’auteur. Car mon attachement au pays de ma mère revêt toujours comme une attente de découvertes, celles qu’elle ne m’a pas transmises par modestie. J’ai vu qu’Erri de Luca l’avait parrainé alors, si ce livre a la bénédiction de cet écrivain poète italien c’est une garantie de plaisir. De plus, la petite librairie de ma ville en a fait une chaleureuse promotion.

Et puis il y a le contact physique avec le livre qui est parfois banal ou particulièrement intéressante comme celui-là. Une fois en mains, la douceur de la couverture d’un tendre bleu-vert aquatique confirme cette nécessité de toucher le papier pour bien lire. Mais je ne bouderai pas les livres audio ou la tablette qui agrandit les caractères lorsque ma vue aura perdu son acuité ainsi qu’elle me le fait envisager.

Il faut dire qu’avant même d’entrer dans ce livre, son aura poétique débordait de toute part. « Une lecture physiquement contagieuse qui produit des bulles de joie sous la peau. » selon Erri de Luca. La préface de Mariusz Szczygiel, écrivain polonais nous promet un livre accessible, tendre et profond. Il nous confie dans la préface :

­­« Ce livre, je l’ai déjà offert à vingt quatre personnes. Parmi lesquelles un policier, une femme de ménage, une enseignante, et aussi le fils d’un de mes cousins, qui avait étudié la mécanique dans un lycée professionnel et n’avait jamais lu un livre de sa vie, jusqu’au jour où il a eu envie d’essayer. Tous ont été sous le choc « Oui, c’est le bouquin le plus antidépressif du monde », ont-ils déclaré, confirmant ainsi mon avis (hormis le fils de mon cousin, car lui n’avait aucun élément de comparaison. »

Je laisse Mariusz Szczygiel continuer de nous présenter Ota Pavel :

« L’auteur du livre était journaliste sportif. Fils d’un juif et d’une catholique, il n’avait pas été envoyé à Auschwitz comme son père et ses deux frères, car il était trop petit et non circoncis, à cause d’une étourderie de son père. »

Il nous présente le père d’Ota Pavel :

« Le père, Léo Popper, était un rêveur et champion du monde de vente d’aspirateurs Electrolux  domicile. Il adorait l’eau et la pêche et savait vivre sa vie comme une fête. »

Mariusz Szczygiel nous dit encore comment notre auteur est venu à l’écriture. Commentateur officiel, il a d’abord écrit sur les sportifs et les rencontres sportives. Ses chroniques ont remporté un grand succès et ont ému fortement le public. Le psychiatre qui le soignait (oui Ota Pavel était profondément dépressif) l’a alors invité à continuer d’écrire.

Mariusz Szczygiel nous rapporte les paroles d’Ota Pavel :

« Grâce à l’écriture, disait-il, il redevenait un petit garçon, en sécurité aux côtés de son papa. »

Mariusz Szczygiel nous dit s’être rendu spécialement à l’occasion de la parution de ce livre à Bustehrad, la où se situe le fameux étang de la famille Popper (qui changea son nom plus tard en Pavel) afin de visiter le musée consacré à Ota Pavel (mort à 43 ans). Et il en a rapporté une citation affichée sur le mur du musée.

« Savoir se réjouir. Se réjouir de tout. Ne pas attendre que l’avenir nous apporte quelque chose d’essentiel, de vrai. Car il est fort probable que l’essentiel se produit à l’instant présent et que l’avenir ne nous apportera rien de plus beau. »

Et Mariusz Szczygiel de conclure que cette citation « rend parfaitement l’esprit de la littérature tchèque. »

Venons-en au texte. Je me suis délectée des descriptions des personnages. Le père fantasque qui fait frôler la ruine à sa famille qui lui garde tout de même une confiance inébranlable. Les événements lui donnent raison car il réussit finalement à se refaire. Il est avec la mère et les deux frères des piliers inébranlables de la famille. L’auteur tient à distance les événements cruels de la guerre en les contant sobrement, le départ de ses frères dans les camps de concentration, le massacre de Lidice (l’Oradour-sur-Glane tchèque) et la présence menaçante des Allemands. Malgré l’occupation, l’auteur poursuit non sans risque son initiation à la pêche et nous fait partager sa communion avec la nature.

« Lorsque l’ombre des peupliers s’inclinait vers mon étang, je montais dans un saule et je leur parlais à voix basse. J’avais l’impression qu’elles dressaient l’oreille pour m’écouter. Elles étaient magnifiques, dorées comme du laiton et quand elles faisaient des galipettes dans l’eau et qu’elles se mettaient la tête en bas, je voyais leur ventre jaune et grassouillet. »

La tendresse est au cœur du récit dans le regard de l’enfant même s’il fait l’inventaire de ses ennemis. Il se souvient du passeur qui lui a fabriqué sa première ligne. Il trouve ensuite d’une manière inattendue la complicité du garde-pêche de l’étang (qui ressemble étonnamment à Quasimodo) et qui le protégera de la sanction des allemands qui répriment la pêche.

Les phases de pénurie ou d’abondance se succèdent au fil du récit à cause des frasques du père ou ensuite grâce à ses performances de vendeur mais aussi grâce à son art de tromper l’occupant. Alors, après le partage avec les voisins des poissons ou du gibier, la maison se remplit de terrines et de pots de salaison et en même temps de joie et de sérénité.

 

Je vous invite à le lire, une fois, deux fois ou plus comme j’aime à le faire pour les livres coups de cœur. Ensuite, peut-être ferez-vous comme moi, vous le conseillerez, vous le prêterez pour le plaisir de partager votre enthousiasme. Je vous le souhaite.

 

 

 

 

8 réflexions sur “Commentaire dans le cadre du mois de l’Europe de l’Est « Comment j’ai rencontré les poissons » Ota Pavel

  1. Tu sais que j’étais à deux doigts de lire ce livre pour ce mois de mars et puis au dernier moment j’ai changé d’avis, mais je vais bientôt le lire et d’autant plus maintenant après avoir lu ton article…

    Aimé par 1 personne

  2. Un grand merci à toi, Monique, pour ce très joli billet. C’est une très bonne idée d’avoir fait parler des écrivains célèbres au sujet d’Ota Pavel et de son livre, et ton récit du livre m’a rappelé tout le plaisir que j’avais eu à lire ce livre lors de sa sortie. Je suis certain que cela donnera envie à de nouveaux lecteurs de découvrir ce livre et l’univers d’Ota Pavel ! (pour rappel, la chronique que j’avais rédigée à l’époque : https://evabouquine.wordpress.com/2016/12/24/ota-pavel-comment-jai-rencontre-les-poissons/). A bientôt !

    Aimé par 1 personne

  3. Merci, et sais-tu qu’Eva (ou Patrice) en a fait une jolie critique aussi il y a quelques semaines ? J’ai beaucoup de mal à identifier ma sensation à la lecture de ce livre : ce serait comme une familiarité, Ota Pavel nous emporte avec lui, en tout cas, il m’a emportée. Alors, bonne lecture !

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  4. Pingback: Mois de l’Europe de l’Est – le bilan ! – Et si on bouquinait un peu ?

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