« La porte » de Magda Szabo et « La miséricorde des coeurs » de Szilard Borbely

Bien sûr que nous fabriquons et refabriquons nos souvenirs. Ce qui nous séduit résonne en nous vers nos chères expériences, nos problèmes restés sans solutions, nos plaies non cicatrisées, et nous cherchons à deviner les nouvelles explications, les nouvelles solutions ou les confirmations que ce que nous avons fait été bien ce que nous pouvions faire.

Un livre d’une auteure hongroise Magda Szabo « la porte », un récit autobiographique qui m’a bouleversée, a fait résonner en moi des problématiques : comment faire ce que nous pensons le bien pour une personne que nous aimons, mais contre son gré.

Mais aussi, j’ai été séduite par le doute de l’auteure, intellectuelle normalement sûre d’elle et normalement poussée à la condescendance face à une personne illettrée. Penchons nous alors sur les caractéristiques des gens dits non-cultivés et sur leur attitude plus emplie de grands principes moraux que la plupart des gens dits cultivés.

Voici un extrait de la 4e de couverture :…  « La porte est une confession. La narratrice y retrace sa relation avec Emerence Szeredas, qui fut sa domestique pendant vingt ans. Tout les oppose : l’une est jeune, l’autre âgée ; l’une sait à peine lire, l’autre ne vit que par les mots ; l’une est forte tête mais d’une humilité rare, l’autre a l’orgueil de l’intellectuelle.Emerence revendique farouchement sa liberté, ses silences, sa solitude, et refuse à quiconque l’accès à son domicile. Quels secrets se cachent derrière cette porte ? »

Ces secrets sont-ils si importants ? L’éditeur veut seulement créer un suspense. Mais la grande question de ce livre est l’attachement qui, petit à petit prend sa place sans le dire, plus que filial et maternel car il n’y a pas, surtout pas ce sentiment de possession de l’autre, mais un attachement plus primitif, incontournable fait d’habitudes, où chacun se révèle à l’autre au-delà des apparences.

Le désamour et la trahison, passages incontournables pour qui veut le bien de l’autre malgré lui, enfermé dans un prétendu savoir, suivis par le remords et la compréhension, sont les états d’âme vécus par l’écrivaine qui de ce fait bien que présente, rate une émission de télévision, ainsi que sa prestation lors de la remise d’un prix et d’un voyage d’écrivains en Grèce. Alors que le gouvernement hongrois lui reconnaît un rôle majeur dans la littérature, après des années de mise à l’écart, sa vie reste tournée vers sa femme de ménage qui occupe toute ses pensées.

Aux trois-quarts du livre, sans prévenir, des larmes me sont montées aux yeux. Sans doute ai-je vu là le moment de la vraie rencontre entre ces deux femmes si différentes, si orgueilleuses.

Magda Szabo a eu le prix Fémina étranger 2003. Elle déploie là toute la finesse de son écriture et se sa sensibilité.


 

Je confirme ici mon intérêt pour la littérature hongroise. J’avais précédemment fait la découverte d’un autre auteur hongrois, un livre terrible qui décrit la vie misérable de l’auteur et de ses parents dans les années soixante. Rappelons-nous, qu’ici à cette même époque, nous dénoncions la société de consommation ! Szilárd Borbély n’a écrit qu’un seul livre, «La Miséricorde des coeurs», récit bouleversant de son enfance hongroise.

Voici un extrait d’article de presse :… « La phrase avance, doucement, sans à-coup, nourrie de mots simples et beaux à la fois décrivant un monde impitoyable, dominé par la mère qui cherche coûte que coûte, au-delà des larmes, de la fatigue, du mari absent ou ivre, de ses envies de suicide, à maintenir une dignité, à faire en sorte que ses enfants, le narrateur et sa sœur aînée, aient les mains propres dans un monde sale, peuplé d’êtres avilis, médiocres, passifs. « Une société malade qui rend ses membres malades », écrivait l’auteur dans une lettre à Imre Kertész citée en quatrième de couverture. Kertész considérant Szilárd Borbély comme « le poète le plus prometteur et le plus perdu de la poésie hongroise, qui aurait pu prétendre à un grand et brillant avenir » s’il ne s’était donné à la mort le 19 février 2014, un an après avoir publié ce livre à l’âge de 50 ans.

  

https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-thibaudat/blog/140615/un-village-hongrois-vu-par-un-enfant-et-raconte-par-l-eblouissant-szilard-borbely